Hikikomori

« HIKIKOMORI » : un mystère ?

Le documentaire diffusé sur France 5 mardi 16 juin 2020 a mis en lumière un phénomène social apparemment nouveau : l’augmentation, constatée du nombre de personnes dites « reclus volontaires », manifestement en grande souffrance, et se sentant incapables de sortir de chez elles et souvent sans projet ni activité. « Mystère » ? « défi pour la psychiatrie » ? Un certain nombre de pistes explicatives existe cependant, souvent données par les personnes elles-mêmes, et par Marie-Jeanne Guedj, spécialiste reconnue de la question en France.

Qu’est-ce que c’est ?

Le terme « hikikomori » est japonais et désigne des personnes souvent jeunes, majoritairement masculines, ne sortant plus de chez elles, voire de leur chambre, ne répondant pratiquement plus qu’à leurs besoins de base (nourriture, toilette mais pas toujours). Parfois, elles vont sur internet, jouent à des jeux vidéos… Ces personnes souffrent, se sentent incapables de sortir de leur isolement et disent souvent qu’ils trouvent dans celui-ci un « refuge ». Socialement, ces personnes ont grandement réduit leurs interactions, y compris avec leurs parents chez qui ils vivent souvent. Les sorties, la socialisation, l’intégration exercent sur eux une « pression » qu’ils ressentent comme insupportable. La réclusion leur semble alors être la seule solution.

Un symptôme ? De quoi ?

En Occident, cet isolement, allié à l’apragmatisme, fait penser à plusieurs possibilités diagnostiques sous jacentes (phobie sociale, dépression, paranoïa, schizophrénie) mais il s’en distingue sur plusieurs points.

D’un point de vue sociologique, les « hikikomori » ne peuvent être assimilés aux ermites, car il ne s’agit pas d’un choix volontaire conscient.

Les causes possibles et le rôle des renforçateurs

Une histoire marquée par une pression familiale ou du harcèlement scolaire peut se retrouver. Rechercher la « cause » du trouble est nécessaire dans l’exploration des facteurs pouvant expliquer le trouble. Néanmoins, la simple description par certains de ces reclus volontaires eux-mêmes amène des pistes sur lesquelles on peut s’appuyer. Il s’agit d’un refuge. C’est à la fois une souffrance et une protection contre une souffrance. Ce refuge semble à la fois solution du problème et cause du problème, comme l’évitement dans la phobie. Dans cette optique, une protection parentale (acceptation de la situation, confection des repas), si elle traduit une peur légitime, peut, dans certains cas, entretenir l’isolement, en rendant « possible » cette solution pathogène.

Aspects thérapeutiques

Si aucune thérapie n’a pour le moment fait la preuve de son efficacité, certaines actions ont, par le passé, permis une amélioration de la situation et parfois un retour à une vie quasi-normale. L’accompagnement des parents, souvent très impliqués dans la prise en charge du trouble, semble essentiel.

De manière générale, des actions « séparatrices » (venue d’un psychologue ou psychiatre sur place, travail avec les parents sur la question de la séparation, hospitalisation sous contrainte…) ont parfois été nécessaires et favorables. Dans tous les cas, il faut compter plusieurs mois d’accompagnement voire quelques années pour espérer une issue positive.